C’est de Fernando
Pessoa, dans le Livre de l’Intranquilité : « Le couchant
se disperse sur les nuages isolés dont le ciel entier est parsemé. Des reflets suaves, de toutes les couleurs, emplissent là-haut les diversités de l’air et flottent, absents, sur les grandes
meurtrissures des hauteurs. Sur la crête des toits qui se dressent, mi ombre mi couleur, les derniers et lents rayons du soleil déclinant prennent des formes colorées qui n’appartiennent ni à eux
ni aux objets où ils se posent. Il règne un grand calme au dessus du niveau bruyant de la ville qui se calme, elle aussi peu à peu. Tout respire, au delà des sons et des couleurs, en un muet et
profond soupir. Sur les façades colorées que le soleil ne voit pas, les couleurs commencent à se teinter d’une grisaille bien à elles. Tout s’endort et s’apaise. Et, peu à peu, dans le bas des
nuages, flottant là haut, les reflets commencent à devenir ombres ; seul ce tout petit nuage qui plane, aigle blanc, loin au dessus de tout, conserve un peu de l’or riant du
soleil ». Et puis, aussi, ceci, de Marguerite Duras, bien sûr :
« Quelquefois quand ils étaient très petits, la mère les emmenait voir la nuit de la saison sèche. Elle leur disait de bien regarder ce ciel, bleu comme en plein jour, cet
éclairement de la terre jusqu'à la limite de la vue. De bien écouter aussi les bruits de la nuit, les appels des gens, leurs rires, leurs chants, les plaintes des chiens aussi, hantés par la
mort, tous ces appels qui disaient à la fois l'enfer de la solitude et la beauté des chants qui disaient cette solitude, il fallait aussi les écouter… »
(in
memoriam Jacqueline HR ; novembre 2009)